Petit, j’adorais la chimie amusante. Vers douze ou treize ans, j’ai un jour voulu fabriquer une pâte sensible à la lumière, mixture pour laquelle j’avais besoin, selon la recette, de ferricyanure de potassium. Après m’être fait renvoyer par tous les droguistes et pharmaciens de la ville, je suis entré chez un photographe, dont le petit magasin estampillé Agfa sentait bon les produits toxiques. Le brave homme m’a rapidement convaincu que si je ne voulais pas mourir trop jeune, je ferais mieux de m’amuser avec une boîte de papier photo et de vieux négatifs 6*9 cm. En exposant un papier à la lumière du soleil, sur lequel on colle préalablement un grand négatif, on voyait apparaître en quelques minutes - me dit-il - une image positive !
L’excellent commercant avait omis de me dire que sans passer par la chambre noire et ses bains délicieusement corrosifs, cette image disparaissait aussi vite qu’elle était apparue.
Les jeux étaient faits. J’ai effectué mes premières prises de vues à cette époque, je les ai développées dans la cave à pommes de terre, et j’ai consacré à partir de cet instant tout mon temps libre et mon argent de poche à cette passion qui ne m’a jamais quittée.
Cela fait maintenant trente ans que je m’amuse, en amateur. J’espère m’amuser et aimer encore longtemps.

Photo par Edouard Janssens (www.edouardjanssens.com)