Pour ceux que la technique intéresse, je photographie principalement avec un Leica M6 - le plus beau cadeau que j’aie reçu -, un Leica M3 et un Rolleiflex. Ma focale de prédilection est le 50mm en 24*36, et le 80mm en 6*6, car je n’ai pas besoin de voir « plus » ou « moins » que ce que mon oeil voit naturellement. Ces focales naturelles permettent aussi d’être à la bonne distance des personnes que l’on photographie, ni trop loin, ni trop près.
J’aime travailler à pleine ouverture. C’est délicat, car la marge de manoeuvre au niveau du point est extrêmement limitée, mais cette approche permet d’isoler dans la profondeur d’une photographie l’élément que l’on sent le plus important.
J’utilise de la pellicule Agfa APX 100 ou de la Kodak Tmax 400 que je développe en D76 1+1. En 6*6, j’emploie de la Kodak Tri-X 400 que je développe dans du bon vieux Rodinal. C’est un révélateur qui a plus de 100 ans, mais dont le magnifique rendu est incomparable. Je tire en labo sur papier baryté Agfa Multicontrast, un papier de plus en plus rare.
En 2008, j’ai partiellement adopté la voie numérique : je scanne mes négatifs, et je les « développe » avec Photoshop et Lightroom. J’imprime sur papier Harman avec une Espon R2400. Même si j’avais une certaine réticence à travailler mes photos sur ordinateur et à les imprimer par jet d’encre, je dois admettre que les résultats sont maintenant quasi semblables à du tirage argentique.
Pour l’instant, je reste encore fidèle à la pellicule, pour plusieurs raisons :
- Je n’aime pas le rendu actuels des appareils numériques, dont les images sont trop précises et trop lisses. J’aime l’imperfection de la pellicule qui apporte parfois aux images une dimension poétique très classique qui correspond à mon goût personnel. Les appareils numériques évoluant toujours vers plus d’inutile précision, je devrai sans doute m’habituer à voir autrement.
- Je n’ai pas besoin de voir mes résultats plus vite qu’aujourd’hui. Le temps permet de percevoir des photographies avec un nécessaire recul, ce que l’usage d’un appareil numérique – poussant à photographier toujours plus et plus vite – n’encourage pas.
- L’usage de la pellicule implique, au moment de la prise de vue, une réflexion particulière qui me semble être altérée par l’usage d’un appareil numérique. En pellicule, on ne peut pas se rater, et il faut imaginer au moment de la prise de vue ce que sera le résultat. En numérique, on rate, et on recommence.
J’attends donc l’invention d’un numérique de moindre qualité, limité à 36 vues, et dont on ne peut pas effacer les mauvaises photos de la mémoire. Le jour où Leica sortira un appareil numérique digne de ce nom (un Leica M9 ?), je me laisserai sans doute tenter, si mes moyens me le permettent. Et je trouverai alors tous les arguments nécessaires pour contredire ce que je pense aujourd’hui.
UPDATE 09-09-09. Je tiens mon argument. 5.500 euros pour un Leica M9, ce n’est pas dans mes moyens. Ouf.

Un Leica M6 tenu n’importe comment par Scarlett Johansson
dans l’excellent film Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen.